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AI Act et conformité

Charte IA en entreprise : le modèle et les 10 règles à écrire avant de déployer l'IA

Thibaut Fresneaucofondateur de Wavia, formateur IA Publié le 10 min de lecture

Quatre membres d'une équipe de direction échangent autour d'une table de réunion, documents et téléphone posés devant eux

Vos salariés utilisent déjà l’IA. Certains avec un compte professionnel, beaucoup avec un compte personnel, sur leur téléphone, avec des documents qui ne devraient pas sortir de l’entreprise. Une charte IA en entreprise remet de l’ordre sans casser l’élan : elle dit quels outils utiliser, quelles données y mettre, et qui vérifie quoi. Voici les dix rubriques à écrire, un modèle de clauses à adapter, et la bonne façon de la faire adopter.

En bref

  • Pas une obligation légale en soi, mais la meilleure preuve de bonne foi au titre de l’AI Act et du RGPD.
  • Dix rubriques, deux à quatre pages : outils autorisés, données, usages, relecture, transparence, formation, révision.
  • Le cœur : un feu tricolore des données. Vert, libre ; orange, outil professionnel seulement ; rouge, jamais.
  • L’ordre compte : un outil professionnel d’abord, la charte ensuite, la formation en même temps.

Qu’est-ce qu’une charte IA en entreprise ?

Une charte IA, ou charte d’utilisation de l’IA, est un document court qui fixe les règles d’usage de l’intelligence artificielle générative dans l’entreprise : ChatGPT, Claude, Copilot, Gemini, Mistral ou tout autre assistant. Elle s’adresse à tous les salariés, pas seulement à la DSI. Elle répond à trois questions simples : avec quel outil, avec quelles données, et sous quelle responsabilité.

Elle ne remplace pas trois documents voisins, qu’il ne faut pas confondre :

  • La charte informatique couvre déjà la messagerie, les mots de passe et les logiciels autorisés. La charte IA peut lui être annexée, mais elle mérite ses propres règles : un assistant IA ne se contente pas de stocker vos données, il les lit et produit du contenu à partir d’elles.
  • La politique de gouvernance IA, ou convention-cadre, s’adresse à la direction : qui décide des projets, qui achète, qui contrôle. Nous l’avons détaillée dans notre guide de conformité AI Act pour les PME.
  • Le plan de formation organise la montée en compétences, profil par profil. La charte en est le complément : la formation apprend à bien faire, la charte dit ce qui est permis.

Pourquoi écrire une charte IA maintenant

Parce que l’usage existe déjà, sans règles

Quand l’entreprise ne fournit pas d’outil et ne dit rien, chacun se débrouille. C’est le shadow IA : des usages invisibles, parfois très efficaces, parfois risqués. Un contrat client collé dans une version gratuite, un fichier de paie résumé sur un téléphone, une offre commerciale rédigée par un outil qui réutilise les conversations pour entraîner ses modèles. Personne n’a mal agi : personne n’a donné de règle.

Parce que l’AI Act demande des mesures, et des preuves

Depuis février 2025, l’article 4 de l’AI Act demande aux entreprises qui utilisent des systèmes d’IA de prendre des mesures pour que leurs équipes maîtrisent ces outils. C’est une obligation de moyens : il faut pouvoir montrer ce qui a été fait. Une charte diffusée, signée, et des formations tracées forment le socle de cette preuve.

Parce que le RGPD s’applique à chaque copier-coller

Un nom, un e-mail, un dossier salarié collés dans un assistant IA, c’est un traitement de données personnelles. Il faut un outil qui offre les garanties prévues par le RGPD et des salariés qui savent ce qu’ils peuvent y mettre. Notre article sur l’IA et le RGPD détaille les points à vérifier avant d’adopter un outil.

Parce qu’une règle claire libère les usages

C’est l’argument le plus sous-estimé. Sans charte, les plus prudents n’osent rien faire et les plus audacieux font n’importe quoi. Avec trois règles simples, tout le monde peut avancer. Une bonne charte IA fait gagner du temps, elle n’en fait pas perdre.

Les 10 rubriques d’une charte IA

Voici la structure que nous utilisons avec les comités de direction. Chaque rubrique tient en quelques lignes. Si votre charte dépasse quatre pages, personne ne la lira.

1. Objet et périmètre

À qui s’applique la charte (salariés, stagiaires, intérimaires, prestataires qui travaillent sur vos dossiers), sur quels outils (assistants conversationnels, IA intégrées aux logiciels, générateurs d’images) et sur quels appareils, y compris les téléphones personnels utilisés pour le travail.

2. Les outils autorisés

Une liste nominative : par exemple « Microsoft 365 Copilot avec le compte de l’entreprise » ou « Claude Team, espace Wavia ». Tout ce qui n’est pas sur la liste est soumis à l’accord du référent IA. Précisez que les comptes personnels, même payants, ne servent pas pour le travail. Si vous hésitez encore sur l’outil, notre comparatif quelle IA choisir en entreprise vous aide à trancher.

3. La classification des données

C’est la rubrique la plus importante. Elle se résume en un feu tricolore, que chacun doit pouvoir appliquer en trois secondes avant de coller un document.

Le feu tricolore des données d'une charte IA : vert pour l'information publique, utilisable dans tout outil autorisé ; orange pour l'information interne, seulement dans l'outil professionnel de l'entreprise ; rouge pour l'information critique, jamais sans solution dédiée validée par la direction

Adaptez les exemples à votre métier. Dans un cabinet comptable, les liasses fiscales des clients passent en rouge. Dans une agence de communication, les visuels d’un client avant leur sortie passent en orange, et les contrats d’exclusivité en rouge.

4. Les usages encouragés

Dites ce que vous voulez voir se développer : rédiger un premier jet, résumer un document long, préparer une réunion, analyser un tableau sans données personnelles, traduire, reformuler, chercher des idées. Une charte qui ne fait qu’interdire envoie un mauvais signal.

5. Les usages interdits

Quelques lignes rouges claires : décider seul d’une embauche, d’un licenciement ou d’un crédit à partir d’une réponse d’IA ; produire de faux avis, de fausses images ou de fausses signatures ; contourner une protection ; utiliser l’IA pour surveiller un collègue. Certains de ces usages relèvent d’ailleurs des pratiques interdites ou à haut risque de l’AI Act.

6. La relecture humaine et la responsabilité

Tout contenu produit avec l’IA est relu par la personne qui l’utilise, et cette personne en reste responsable. Un chiffre, une citation, une référence juridique se vérifient à la source. L’IA peut se tromper avec beaucoup d’assurance : la charte le rappelle noir sur blanc.

7. La transparence

Quand un client, un candidat ou un partenaire échange avec un outil d’IA, ou reçoit un contenu entièrement généré, faut-il le dire ? Fixez votre règle. L’AI Act prévoit d’ailleurs une obligation d’information dans certains cas, par exemple pour les échanges avec un agent conversationnel ou pour les images et vidéos réalistes générées par l’IA.

8. La propriété intellectuelle

Pas de document protégé d’un tiers sans droit de l’utiliser, pas d’imitation du style d’un auteur ou d’une marque nommés, vérification des visuels générés avant toute publication. Et une règle sur vos propres contenus : ce que l’entreprise accepte de confier aux outils, ce qu’elle garde.

9. La formation et le référent IA

Chaque utilisateur suit une formation avant d’avoir accès aux outils, et la charte nomme un référent IA : la personne à qui l’on pose une question, à qui l’on propose un nouvel outil, à qui l’on signale un doute.

10. Le signalement, la révision et les sanctions

Que faire en cas d’erreur, par exemple un document rouge collé dans un outil : le signaler au référent sans délai, sans crainte. La charte se relit tous les six mois, ou à chaque nouvel outil. Les sanctions, si vous en prévoyez, renvoient au règlement intérieur.

Modèle de charte IA : les clauses à adapter

Voici un extrait de modèle, à reprendre et à adapter à votre entreprise. Les mots entre crochets sont à remplacer.

Extrait de modèle de charte IA

Article 2 · Outils autorisés. Pour leur travail, les collaborateurs utilisent uniquement [nom de l’outil], avec le compte fourni par [l’entreprise]. Tout autre outil d’IA est soumis à l’accord préalable du référent IA, [nom, adresse e-mail].

Article 3 · Données. Avant chaque usage, le collaborateur classe l’information qu’il confie à l’outil. Vert : information publique, utilisable dans les outils autorisés. Orange : information interne, utilisable seulement dans [l’outil professionnel]. Rouge : données de santé, données personnelles sensibles, dossiers individuels des salariés, secrets d’affaires, informations confiées sous confidentialité, identifiants et mots de passe : jamais dans un outil d’IA, sauf solution dédiée validée par la direction. En cas de doute, l’information est traitée comme orange et le référent IA est consulté.

Article 6 · Relecture. Tout contenu produit avec l’aide de l’IA est relu par le collaborateur qui l’utilise. Il vérifie les faits, les chiffres et les sources avant toute diffusion, et il en reste responsable.

Article 10 · Incident. Le collaborateur qui a confié par erreur une information rouge à un outil d’IA le signale au référent IA dans la journée. Le signalement de bonne foi n’entraîne pas de sanction.

Ce modèle donne une base. Il ne vaut pas grand-chose s’il n’est pas confronté aux usages réels de vos équipes : quels documents elles manipulent, quels outils elles utilisent déjà, où se situent vos vraies données rouges.

Session de formation Wavia : un formateur présente l'écran « Sécurité et administration » d'un outil d'IA à une équipe, ordinateurs ouverts autour de la table

Comment faire adopter la charte IA

Commencez par l’outil, pas par l’interdiction

Une charte qui interdit sans proposer d’alternative ne change rien : les usages passent sur les téléphones. Choisissez d’abord un outil professionnel, avec des comptes administrés et l’utilisation des données pour l’entraînement désactivée, puis écrivez la charte autour de lui. Nous aidons les entreprises à choisir et à configurer ces abonnements sur notre page gestion des licences IA.

Écrivez-la avec ceux qui l’appliqueront

La direction porte la charte, mais elle s’écrit avec un référent IA, un représentant de chaque grand métier et la personne en charge des données personnelles. Deux à trois réunions suffisent. Les métiers apportent ce qu’aucun modèle ne contient : la liste de leurs vraies données sensibles.

Respectez la procédure si la charte devient opposable

Si la charte crée des obligations et des sanctions, elle s’annexe au règlement intérieur, obligatoire dès 50 salariés, et suit sa procédure : avis du CSE, transmission à l’inspection du travail, dépôt au greffe du conseil de prud’hommes, affichage. Si vous introduisez un outil qui permet de contrôler l’activité des salariés, le CSE doit être consulté et les salariés informés avant sa mise en service. Faites relire le texte final par votre conseil.

Formez en même temps que vous diffusez

Une charte envoyée par e-mail est oubliée en une semaine. Présentée pendant une formation, avec des exemples tirés du quotidien de l’équipe, elle devient un réflexe. C’est pourquoi le programme de nos formations IA pour les collaborateurs comprend un temps sur la sécurité des données et la politique d’usage : c’est le bon moment pour présenter votre charte, sur les cas travaillés dans la journée.

Écrire votre charte IA avec votre comité de direction

Dans notre formation IA CODIR, le comité choisit les outils et les licences, fixe la charte d’usage et la feuille de route, puis décide qui former en premier. 15 minutes pour en parler.

Réserver un appel de 15 min

Les 5 erreurs qui rendent une charte IA inutile

  1. Copier un modèle trouvé en ligne. Il ne connaît ni vos outils ni vos données rouges. Il rassure, il ne protège pas.
  2. Interdire sans outil. Sans alternative légitime, l’interdiction pousse les usages dans l’ombre.
  3. Écrire un texte juridique de dix pages. Une charte se lit en cinq minutes, ou ne se lit pas.
  4. Oublier la formation. Une règle qu’on ne sait pas appliquer est une règle ignorée. C’est aussi la moitié de la preuve exigée par l’AI Act ; notre plan de littératie IA par profil montre comment l’organiser.
  5. Ne jamais la mettre à jour. Les outils changent tous les trimestres. Une charte de 2024 qui ne cite pas les agents ni les connecteurs est déjà dépassée.

Par où commencer

Cette semaine, faites trois choses. Listez les outils d’IA réellement utilisés dans l’entreprise : un sondage anonyme de cinq questions suffit. Choisissez l’outil professionnel que vous allez fournir. Puis écrivez le feu tricolore de vos données avec deux ou trois personnes du terrain.

Le reste de la charte s’écrit ensuite en une réunion. Si vous voulez aller plus vite, un audit IA cartographie vos usages et vos données en deux à quatre semaines, et la formation IA CODIR donne au comité de direction une journée pour décider des outils, de la charte et de la feuille de route.

Charte IA en entreprise : vos questions

Une charte IA est-elle obligatoire en entreprise ?

Aucun texte n'impose une charte IA en tant que telle. Mais l'article 4 de l'AI Act demande aux entreprises qui utilisent des systèmes d'IA de prendre des mesures pour que leurs équipes maîtrisent ces outils, et le RGPD impose de protéger les données personnelles confiées à un outil. La charte est la façon la plus simple de fixer ces règles et d'en garder la preuve, avec la trace des formations.

Que doit contenir une charte d'utilisation de l'IA ?

Dix rubriques suffisent : l'objet et le périmètre, la liste des outils autorisés, la classification des données (vert, orange, rouge), les usages encouragés, les usages interdits, la relecture humaine, la transparence envers les clients, la propriété intellectuelle, la formation et le référent IA, puis le signalement des incidents et la révision de la charte. Le tout tient en deux à quatre pages.

Faut-il consulter le CSE pour mettre en place une charte IA ?

Si la charte crée des obligations et des sanctions et que vous l'annexez au règlement intérieur, elle suit la procédure du règlement intérieur : avis du CSE, transmission à l'inspection du travail, dépôt au greffe du conseil de prud'hommes et affichage. Le CSE doit aussi être consulté si vous introduisez un outil qui permet de contrôler l'activité des salariés. Même quand ce n'est pas obligatoire, l'associer tôt facilite l'adoption. Faites relire le texte final par votre conseil.

Peut-on interdire ChatGPT aux salariés ?

Oui, mais l'interdiction seule ne marche pas : les salariés continuent sur leur téléphone, avec des comptes personnels. Mieux vaut fournir un outil professionnel aux comptes administrés, dire dans la charte quelles données peuvent y entrer, et réserver l'interdiction aux comptes personnels et aux outils non validés.

Qui doit rédiger la charte IA de l'entreprise ?

La direction la porte, avec un référent IA, un représentant de chaque grand métier, la personne en charge des données personnelles et, si besoin, le service juridique ou un avocat. Comptez deux à trois réunions. Chez Wavia, la charte d'usage est l'un des livrables de la formation IA CODIR : elle s'écrit sur les usages réels de vos équipes, pas à partir d'un modèle générique.

Passer de la lecture à l'action.

30 minutes avec Corentin pour appliquer ce sujet à votre entreprise : vos outils, vos équipes, vos priorités.

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